"Chaque fois qu'un de nos amis nous amène un ami de renfort, il contribue à la formation du public nouveau, faute duquel notre préoccupation de l'avenir ne serait plus que rêverie." Jacques Copeau, novembre 1920

 

Chers amis,


L’heure est venue de vous donner des nouvelles. Vous êtes très nombreux à nous demander à quelle date nous repartirons, et si le cœur est à la joie depuis les annonces du Premier Ministre de jeudi dernier. Pour être honnêtes, nous sommes toujours vigilants, et surtout, plus concentrés que libérés.


Il faut dire que nous sortons d’une longue torpeur. Depuis mars, tous nos projets ont été annulés, les spectacles ont été suspendus et les répétitions définitivement interrompues pour certaines (au point que des créations prévues ne verront finalement jamais le jour.) Nous avons été contraints de cesser l’exploitation de pièces et enfin d’annuler notre festival d’été. Tout notre projet est entré dans une zone périlleuse, il le sera durablement. Artistiquement et économiquement, nous sommes fragilisés.


Rouvrir un théâtre n’est pas une affaire immédiate. Des annonces gouvernementales ne suffisent pas. La réalité des protocoles sanitaires imposés nous empêche tout simplement de vous accueillir. Et quand bien même nous les affronterions, il nous faudra encore travailler longuement, car nos acteurs ne sont plus réunis depuis longtemps. Un spectacle se répète de nombreux mois avant d’être présenté à vous. Les préparations d’un festival comme d’une programmation se font d’une année sur l’autre en temps normaux. Notre situation est celle de tous les théâtres en vérité, qui ne pourront rouvrir leurs portes qu’à l’automne, avec l’espoir d’obligations sanitaires rationnelles et l’absence de retour de l’épidémie. Cet objectif serait déjà une prouesse logistique.


Pour lors, nous préparons donc activement la rentrée de septembre, toujours animés par l’idéal d’un théâtre de proximité, accessible au plus grand nombre, et notamment en ruralité. Cette pause obligatoire nous a conduit à beaucoup réfléchir à ce que nous avions déjà accompli en ce sens, et aux missions que devons encore mener. Dans les mois qui viennent, nous nous engagerons encore plus pour notre territoire, avec un nouveau format de rendez-vous réguliers à « L’École des Garçons » de Saint-Valery-sur-Somme. Nous allons mettre en œuvre de nouveaux projets d’éducation artistique, pour les enfants comme pour les adultes, car nous croyons en « l’émerveillement » suscité par le théâtre, comme résistance au conformisme. Nous multiplierons les représentations dans les villages qui nous environnent. Nous continuerons nos tournées à l’échelle du pays, et même bientôt à l’international, tout en ambitionnant un travail de fond plus important, avec une équipe plus permanente, en Baie de Somme.


À l’automne, si tout va bien, nous jouerons les auteurs que les temps nous inspirent. Nous accueillerons des artistes que nous aimons. Nous adapterons aussi notre projet à un contexte nouveau : la crise économique et sociale sera éprouvante, c’est notre sentiment. Aussi, nous, artisans du théâtre, devrons être au rendez-vous pour que toutes les catégories de populations soient concernés par notre projet : nous créons en ce moment de nouvelles modalités d’accueil. Face à la peur (fondée ou fabriquée), à l’hystérie du moment, à la confusion politique, à l’asservissement intellectuel et numérique, au terrifiant sacrifice de la jeunesse, notre projet sera celui de la joie retrouvée et de la survie mentale de la population.


Ainsi donc, « L’École des Garçons » à Saint-Valery, à la manière d’un îlot d’influence, participera à l’invention d’une vision du monde. Passée la grande catharsis que le théâtre nous proposera, nos spectacles auront vocation à libérer les paroles et fabriquer des utopies. Avec des auteurs classiques et contemporains, en textes et en chansons, comme nous savons le faire, nous aurons besoin de vous.


Vous avez été nombreux à nous adresser des messages de soutien et d’amitiés. Certains d’entre vous ont proposé de nous aider, et nous ont souvent demandé comment agir, attachés qu’ils sont au rêve concret que représente notre théâtre. Cela nous a infiniment touché et nous vous en remercions. Pour vous tendre la main, nous attendions de reprendre notre activité et d’y voir plus clair sur le soutien que vous pourriez apporter.


Plus encore qu’une aide financière à la manière d’un don (qui sera utile, impossible de le nier), nous vous proposons surtout de montrer votre attachement à notre projet en y adhérant. C’est ce soutien moral à nos valeurs, et à l’aventure que nous menons pour vous, qui sera la grande preuve de sympathie la plus encourageante. Nous vous proposons désormais d’adhérer aux « Amis de L’École des Garçons ». Chacune de vos adhésions sera un message intellectuel et amical, nous attestant que nous sommes dans le vrai. Chacune de vos adhésions sera un de ces miracles qui font vivre les grands aventures théâtrales.


En « amis », vous pourrez participer aussi à des rendez-vous de la troupe et recevoir des publications, dont une nouvelle revue qui s’intitulera « Les Cahiers de l’École ». Pour adhérer, vous trouverez la démarche à la fin de cette lettre. Si certains d’entre vous préfèrent simplement faire un don, cela est aussi possible sur un second lien.


Nous vous adresserons d’ici quelques semaines le programme précis de la reprise dont nous espérons qu’il vous enthousiasmera.


Merci à tous. C’est vous savoir derrière nous qui nous aide à tenir depuis mars, et qui, dorénavant, nous encourage à reconstruire.

Yann PALHEIRE

Willy MICHARDIÈRE

Comédiens, metteurs en scène, et fondateurs de La Troupe Solilès

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vendredi 3 juin 2020
LETTRE AU PUBLIC
DE YANN PALHEIRE ET WILLY MICHARDIÈRE