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L’Orchestrion
(
à poils durs
!)
Origines
Le Projet Orchestrion est le résultat
d’un premier désir : celui de réunir sur une même scène deux acteurs
incarnant deux personnages-type (d’un genre burlesque et clownesque) à
l’image des protagonistes de la Commedia dell’Arte. Est né un nouveau
duo qui se retrouvera dorénavant dans différentes créations et projets
de la Troupe Solilès. Cette envie a donc permis de définir des
caractères singuliers : deux compères, qui traversent les histoires
avec le même enthousiasme. Le projet réunit également et surtout des
acteurs habitués et passionnés du genre cabaret (tel qu’on l’entendait
dans les années 1930), un art qu’ils prétendent pratiquer, ainsi qu’il
l’ont appris, dans la plus pure tradition foraine. De cette énergie
commune, Karl Valentin s’est imposé.
Ce qui est joué
Deux acteurs de cabaret investissent
la petite scène. Très complices, ils donnent toutefois le sentiment
d’un grande solitude au monde et d’une pauvreté matérielle inouïe. Et
pourtant, leur bonheur d’être ensemble, leur précieuse naïveté et leur
gourmandise des petites choses vont les conduire à donner un spectacle
délicieux, authentique, démuni, musical et rigoureux : de la plus
grande attention. Ce qu’ils savent faire de mieux. Alliant sketches du
grand Karl Valentin, improvisation et numéros musicaux à partir de
leur orchestre « de bric et de broc », ils offrent au public une page
de rigolade et de chansons, et - sans le savoir - un vaste regard sur
l’Homme qui a encore bien à apprendre.
Outre le fait de revisiter
le genre cabaret, ce sont des écrits d’une grande richesse qui ont
inspirés à la Troupe Solilès un projet qui remet l’auteur Munichois et
son théâtre au goût du XXIe siècle. Valentin soulève en 1930 des
enjeux qui nous sont très actuels. Si nos décennies se ressemblent,
c’est surtout que l’auteur lance un débat vieux comme le monde – voire
éternel – et qui s’adresse à l’humanité toute entière. Il montre d’un
côté les petites joies des petites gens, conte leurs émotions, révèle
’humour de leur quotidien. Ce peuple des brasseries, il l’encense,
s’en amuse, en pointe certes les failles, mais nous prouve combien il
est porteur, s’il le souhaite, de joie et de modernité. Et pour faire
naître le débat, il fait peser sur cette catégorie enjouée un poids
handicapant et totalement inattaquable : les habitudes et routines, la
ringardise, les décisions politiques et spirituelles, le matérialisme.
Ces fléaux qui pèsent sur cette première partie du peuple sont
représentés par une autre catégorie : ceux que La Bruyère appelle
« les grands » et que Valentin titille abondamment – avec humour, bien
entendu. C’est ce débat, cet affrontement que la Troupe Solilès a
souhaité projeter à la scène. Ce dont la dramaturge rigole, ce à quoi
il aspire : cela fait fortement écho auprès des artistes de notre
troupe. C’est pourquoi nous avons décidé de donner sur scène une fête
– à partir de ces textes - en l’honneur des petits de ce monde, de
leur générosité et de leur vitalité, de leurs émotions et de leurs
envies, de leur beauté et de leur créativité. Si leurs aspirations et
leurs êtres sont moins onéreux et moins expansifs que les grands de
notre monde, leur goût de la beauté est le même, leur émancipation,
quant à elle, est bien plus grande.
Poursuivre l'héritage
Pour aborder ce débat et «
fêter » comme il se doit, nous avons choisi un traitement scénique
alliant l’héritage du théâtre forain à celui du cabaret, et l’envie de
tourner ces deux genres vers l’avenir. Dans le premier cas, il s’agit
de reprendre le Théâtre Forain Traditionnel, tel que nous l’avons
appris, afin de le renouveler, d e
le remodeler, de le réinventer. Le théâtre forain est définitivement
lié à Karl Valentin : c’est celui de la Baraque Foraine, et du Théâtre
de la Foire. Alors nous allons imaginer la Baraque de ce siècle
nouveau, ses accessoires modernisés et revoir les
conditions de son
implantation. Le Théâtre Forain, c’est par ailleurs une issue à toutes
les saturations et le choix d’une liberté immense. C’est cette
liberté, que Valentin explore, et que nous tentons de vivre. Ce sera
aussi l’occasion de
mettre à l’honneur l’itinérance et le théâtre ambulant. Dans un second
temps, nous reviendrons sur le genre cabaret, fouillerons coffres et
malles à la recherche des photos de ces spectacles du siècle passé.
Nous nous inspirerons de l’esthétique, de l’ambiance, de l’énergie, de
la convivialité : non par passéisme mais précisément pour offrir à ce
genre – sans en oublier l’héritage – un souffle d’une grande
modernité.
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