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note d'intention

Quelque lecture que l’on fasse du Médecin malgré lui, c’est avant tout la ressemblance des protagonistes de l’œuvre et de ceux de notre époque qui est frappante. A chaque siècle, les personnages de Molière eurent et auront leurs semblables dans notre monde. Mettre en scène cette pièce aujourd’hui nécessite donc un long travail d’observation des peuples, des classes sociales, des évènements politiques et religieux qui font notre actualité – plus encore que n’importe quel autre texte. C’est d’ailleurs en cet unique sens que l’artiste, s’il veut donner une urgence et un sens épique à son œuvre doit travailler. Sans cela, ce texte définitivement moderne ne serait qu’une grossière farce désuète, au service d’une catégorie de spectateurs passéistes, érudits, qui « s’y connaissent ».

 

La mise en scène et le jeu des acteurs ne raconteront rien d’autre que ce qui est à jouer. L’essentiel avant tout : il n’y a rien à dépoussiérer, c’est notre époque qui doit se caler – s’adapter comme on dit plus couramment - sur la partition de Molière, et non l’inverse !

 

D’abord, nous jouerons donc notre temps. Saisissons alors le paysage économique dangereux de notre planète en ce début de XXIe siècle, le chômage, la misère qui pointe son nez et les situations personnelles et familiales difficiles qui résultent de ces fléaux. Car nous réaliserons que c’est précisément ce dont parle Molière. Oui, Sganarelle, le personnage principal de la pièce est un ouvrier de Goodyear qui a subi comme tant d’autre un sort tragique. Il a perdu depuis longue date ses repères, sa dignité vis-à-vis de sa famille et de ses voisins, sa quête d’émancipation quant à elle, a été tout simplement bousillée par des enjeux financiers. C’est pourquoi je crois que dès le début de la pièce, nous n’avons pas à en vouloir à ce personnage apparemment infect, mais surtout humainement détruit. Il faut aller plus loin.

 

Bien entendu, nous allons aussi dans un second temps rire du pouvoir de la médecine. L’auteur s’en délecte, et nous avec. Le charlatanisme, les maladies nouvelles de toutes sorte et désormais mondiales – voire pandémiques - , l’économie de la Santé, les arnaques, le commerce pharmaceutique, là encore il y a matière à se régaler. Chacun sera convoqué pour au moins deux injections de rigolade par représentation – et j’ai tout lieu de croire que la deuxième sera efficace. J’aspire à une véritable épidémie d’enthousiasme et de rires.

 

Car cela va de soi, nous jouerons Molière parce qu’il fédère, parce qu’il rassemble, parce qu’il assassine la morosité. Nous jouerons Molière parce que c’est un auteur populaire, qui n’est classique que pour les cercles aux aspects douteux et sectaires, et qu’il réchauffe les cœurs.

 

Notre troupe est jeune. Les artistes ont tous entre 20 et 30 ans. Loin des études scolaires, décors et costumes d’époque, nous allons faire de cette pièce un spectacle de tréteaux, forain, et dynamique, tel que les aime la Troupe Solilès.

 

Yann Palheire

 

 

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