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POUR UNE RÉNOVATION DE NOTRE ARTISANAT // manifeste

 

 

 

Sommes-nous les représentants d’un irréparable passé ?
Sommes-nous au contraire les annonciateurs d’un avenir qui se peut à peine discerner

à l’extrême limite d’une époque finissante?
Jacques COPEAU

 

 

Depuis toujours, les acteurs de notre tradition théâtrale, ont donné à chacune de leur époque, une œuvre dramatique vivante et ancrée dans leur temps. En ce sens, nous connaissons notre héritage et la responsabilité artistique qui nous incombe. Chaque siècle connût sa révolution dramatique, mais c’est de la ligne du théâtre populaire initiée par Firmin Gémier dont la Troupe Solilès se sent la plus proche. Sensibles aux projets de décentralisation théâtrale et à l’envie d’un tréteau nu au service de l’acteur initiés par Copeau, diffusés par le Cartel, par Vilar et repris par Pierre Debauche qui fût notre maître, nous avons décidé de poursuivre cette histoire. Nous ne serons pas des imitateurs, c’est dans l’innovation que nous poursuivrons cette tradition. L’art dramatique doit être rénové, les conditions de notre profession également. 

La création théâtrale – digne de ce nom - trouvera son sens à nos yeux dans ce qu’elle a d’artisanal, nous croyons que c’est ce à quoi le vrai public est sensible. En modifiant notre pensée et en réinventant les outils à son service, nous pourrons aspirer à composer un théâtre de notre temps. Il faut accepter pour cela de n’être point attiré par le vedettariat des scènes privées, par la gloire de la scène publique, et de renoncer enfin à considérer publiquement son projet artistique comme une entreprise comme une autre, en quête d’un confort matériel et financier toujours supérieur, sous peine d’être un poète maudit. Qu’à cela ne tienne, nous ne somme attirés ni par l’admiration des foules, ni par le carriérisme et encore moins par obsédés par notre chiffre d’affaire ; cela sera donc aisé pour nos acteurs qui voient en la condition professionnelle de leur art un tout autre chemin à prendre. Il nous importe de revenir sur la scène au nom du théâtre comme art vivant. Nous voulons créer et non inscrire nos travaux dans un plan de carrière, visant à séduire les programmateurs, directeurs de salles et autres détenteurs de faux pouvoirs. Cela n’est pas notre priorité, ni notre métier.

Nous reformerons le public. Les spectateurs sont gourmands et intelligents, considérons-les alors comme nos principaux partenaires, bien plus importants et savants que les professionnels de la profession. C’est avec le public que nous devons travailler et chercher en priorité. Pour cela nous leur proposerons un partage des grandes œuvres communes, fruits de notre imaginaire collectif. Et nous chercherons aussi à jouer les auteurs d’aujourd’hui qui sauront écrire notre époque et les temps à venir.

Pour entreprendre ces travaux nouveaux, nous serons plus que jamais attentifs au contexte socio-économique dans lequel nous allons bâtir. Il faut désapprendre les méthodes des cinquante dernières années. Nous ne sommes pas des représentants qui cherchons à vendre nos produits au quotidien à des gens qui n’en veulent pas ou qui n’ont pas les moyens de les acheter. Nous n’irons pas mettre en vitrine sur les grands marchés du spectacle nos créations, et pourtant au cours de nos longues tournées, les spectateurs découvriront nos spectacles et nos acteurs vivront de leur métier. Il est grand temps de concevoir autrement et d’anticiper la chute inévitable du modèle qui domine.

 

En artisans, nous allons réinventer.

 

 

La Troupe Solilès

Septembre 2011